Sophie Hecquet : Chanteuse,
ex-animatrice et productrice sur TMC, RTL TELEVISION et RTL TVI
"C’était
au cours de l’émission présentée en direct
et dite « élastique » dans notre jargon télé
« Jouons Ensemble » produite par Jacques Harvey que je
me souviens d’un souvenir précis avec Marylène..
Cette émission nous mettait en contact téléphonique
avec les téléspectateurs, une sorte de bataille navale
qui pouvait permettre de rapporter une certaine somme d’argent
à ceux qui répondaient aux questions posées selon
la case proposée. Le téléspectateur devait répondre
à une question concernant les programmes de la station. Je
reviens au mot « élastique », qui était
employé pour une émission qui permettait d’attendre
de démarrer un film ou une série à une heure
précise. Il est à rappeler que cette émission
permettait de faire à la fois la « promotion »
soit du programme de la soirée immédiate, soit de la
semaine sur RTL Télévision.
ll s’est avéré un jour que nous avions beaucoup
trop d’avance sur les programmes à venir. Il
fallait absolument gagner du temps pour que la série
démarre à l’heure prévue, soit
20 heures. Nous avions des signes convenus avec les cadreurs
ou cameramen, comme ils étaient appelés à
cette époque. Ces derniers me firent signe au travers
d’un ordre donné dans leurs écouteurs
en relation directe avec la régie finale, qu’il
fallait tenir 6 minutes. Six minutes en direct à
combler, pour un animateur, c’est très long
et si ma mémoire est bonne, il n’y avait pas
encore très longtemps que je travaillais en solo
et en direct sur RTL Luxembourg.
Jamais, je n’oublierai ce jour, car non seulement
il y avait les cadreurs sur le plateau, les hommes qui s’occupaient
de l’éclairage et autres mais aussi les animateurs
qui allaient prendre la suite des programmes et surtout
ces six minutes à tenir seule devant les caméras.
Marylène faisait partie de ces gens présents
sur le plateau. Je la reverrai toujours, surtout elle, mais
aussi les autres, montre en main, en attente de ce qui allait
se passer.
Heureusement pour moi, le grand film de la soirée
était un film que je connaissais parfaitement, d’une
part, car je l’avais déjà vu et d’autre
part, parce que je connaissais le livre dont il était
tiré. Celui-ci avait comme titre « Les raisins
de la colère » de John Steinbeck. J’avais
eu la chance à l’âge de 15 ans d’avoir
à le lire et a disserter dessus, grâce à
mon professeur de français. Bien sûr, notre
métier d’animateur consiste à vendre
un programme, donc à appâter « le téléspectateur
». Nous devons donc toujours faire attention à
ne jamais dévoiler toute l’histoire d’un
film, ou de tout autre produit. Nous risquerions de perdre
dans ce cas une partie de ce que nous appelons aujourd’hui
: l’audimat !
Dans ma tête, ça s’est passé très
vite. Il fallait que je gagne du temps alors j’ai
décidé de mettre le téléspectateur
dans le coup en leur expliquant ce qui se passait, ce qu’était
une émission dite « élastique »,
pourquoi elles existaient. J’avais déjà
gagné quelques minutes, 2 peut-être mais c’était
toujours ça de pris, puis j’ai parlé
de John Steinbeck, de ce fameux livre, ensuite du film,
puis des acteurs prestigieux comme celui qui me reste en
mémoire aujourd’hui Henry Fonda dans le rôle
principal, sans oublier de parler des émissions de
la semaine à venir, etc…
Tout en parlant, je regardais le fond du plateau là
où tout le monde se tenait et se posait, je le crois
encore au jour d’aujourd’hui la question : va
t-elle tenir, aller jusqu’au bout ?
Oui, j’ai tenu jusqu’au moment où l’un
des cadreurs m’a fait signe de couper car le temps
qui m’était imparti était en fin écoulé
C’est vrai, cela m’a paru très long et
ça tourne très vite dans la tête dans
ces moments-là mais c’était un vrai
challenge et je l’avais réussi. Marylène
fut la première à venir me « féliciter
», les autres peut être aussi, mais je ne m’en
souviens pas pour être honnête. Marylène
m’avait vraiment touchée de par sa sincérité,
une qualité qui fait partie d’elle et dont
elle ne s’est jamais départie. C’est
cette image de Marylène qui restera toujours dans
un coin de ma tête et sans doute de mon cœur."