Jacques Navadic : Fondateur de Télé-Luxembourg et directeur de RTL Télévision

MARYLENE : L'IMAGE DE TELE-LUXEMBOURG

La première fois que je l'ai vue, c'était à Verdun. Je signais dans une librairie mon premier livre de souvenirs. Il y avait foule. Et, à l'écart, une jeune fille attendait. Immédiatement ça a fait tilt. Je cherchais, à l'époque, non pas une speakerine ou une animatrice mais une hôtesse, capable de s'adresser chaque soir aux amis Lorrains et Belges fidèles à nos émissions. Elle était devant moi, avec des jambes qui n'en finissaient pas et un minois encadré par des cheveux sains, avec des yeux bleus lumineux aussi expressifs que ceux de Michèle Morgan. Il faut vous dire qu'à l'époque la Lorraine était une région privilégiée. Elle connaissait Télé-Luxembourg depuis vingt ans. (Paris et Lille ayant été bien longtemps les seules contrées à recevoir les émissions de la R.T.F.). Le succès de Luxembourg était supérieur auprès des foules à ceux que peuvent connaître aujourd'hui les "Loft Story", "Nice People" et autres "Reality Show".
Sur le Train des jouets en 1983 - © RTL Télévision
La foule se justifiait donc. Bientôt, je proposai à la jeune fille esseulée de tenter sa chance à Télé-Luxembourg. Elle en rêvait. Ce qui fut fait mais là, je me heurtais à un écueil. Marylène avait la voix blanche qu'amplifiait le micro. Elle s'en rendait compte et se désespérait. Un seul remède : poser sa voix. Nous nous miment au travail. En trois mois d'exercice, elle avait réussi et passait aisément à l'antenne.Oui, mais voilà : les syndicats, des postulantes jalouses réclamaient un concours. Il fallait s'y résoudre. Marylène, d'apprentie-vedette redevenait une simple candidate. Je lui proposai de reprendre le travail, de soigner l'articulation, d'être elle même en s'essayant à l'interprétation. Les fables de La Fontaine nous aidèrent beaucoup. De tenter enfin l'interview après avoir lu la presse quotidienne. Marylène suivit toutes ces directives avec une application opiniâtre. Et naturellement, elle fut élue haut-la-main. Toute l'équipe était heureuse car déjà elle l'avait conquise.
Jacques Navadic, Marylène et Alain Delon
Son succès grandissait avec les années. Je ne lui reprochais qu'un détail : les énormes pendentifs qu'elle accrochait à ses oreilles et qui gâchaient la pureté du visage. Elle les enlevait pour les remettre, mon dos tourné. Son succès s'affirmait. Je voulus la parfaire davantage.
Depuis vingt ans, j'assurais dans les grandes villes d'Europe les commentaires du Grand Prix Eurovision de la chanson. J'estimais que le moment était venu de passer le flambeau. Je choisis Marylène.

Le concours avait lieu à Dublin. La préparation : répétitions, entretiens avec les concurrents et particulièrement du nôtre, Jean-Claude Pascal dont j'essayais de favoriser le retour, occupaient toutes nos journées. Six au total. Il y avait bien sûr des réceptions, des cocktails, des visites de la ville. Marylène les fuyait.
Pendant tout le séjour, elle demeura dans sa chambre pour étudier sa documentation, pour trouver des détails sur les interprètes, situer leurs parcours, indiquer le style des musiques et des paroles de plus des vingt chansons en lice.
On faisait le point sur son travail aux repas. Elle progressait, elle peaufinait en ne cachant pas un trac compréhensible. Et le soir venu arriva. Placés entre Léon Zitrone et Paule Herman de la R.T.B., dominant la salle du théâtre archi-comble avec au centre le plateau, je situai d'abord l'évènement et annonçai Marylène. Elle était pâle sous son maquillage mais ses premières paroles, sûres et enjouées à la fois marquèrent sa détermination. Elle ne fit que s'affirmer au cours de la soirée. Marylène savait tout, elle disait tout de chaque chanteur et de tous les groupes. Elle était simple, directe et gaie à la fois. Bref sa passion et sa jeunesse éclataient. C'était gagné. J'étais ému et fier à la fois. Je garde de cette soirée un souvenir précieux et pour tous les postulants aux métiers du spectacle, une leçon : A la base de toute carrière artistique, il faut certes savoir ce que l'on veut, provoquer la chance, travailler sans relâche et sans cesse travailler, avoir le respect du public et posséder et pratiquer cette vertu oubliée en ces temps matérialistes et égoïstes : la gentillesse. Marylène avait tout cela. C'est pourquoi son vaste public lui témoignait et lui témoigne toujours plus que de l'admiration : de l'affection.
Jacques Navadic et Marylène à Nice en 2003
Juin 2003
 
 
 
Photo: © Jacques Schneider