Jacques Navadic : Fondateur
de Télé-Luxembourg et directeur de RTL Télévision
MARYLENE
: L'IMAGE DE TELE-LUXEMBOURG
La
première fois que je l'ai vue, c'était à
Verdun. Je signais dans une librairie mon premier livre
de souvenirs. Il y avait foule. Et, à l'écart,
une jeune fille attendait. Immédiatement ça
a fait tilt. Je cherchais, à l'époque, non
pas une speakerine ou une animatrice mais une hôtesse,
capable de s'adresser chaque soir aux amis Lorrains et Belges
fidèles à nos émissions. Elle était
devant moi, avec des jambes qui n'en finissaient pas et
un minois encadré par des cheveux sains, avec des
yeux bleus lumineux aussi expressifs que ceux de Michèle
Morgan. Il
faut vous dire qu'à l'époque la Lorraine
était une région privilégiée.
Elle connaissait Télé-Luxembourg depuis
vingt ans. (Paris et Lille ayant été
bien longtemps les seules contrées à
recevoir les émissions de la R.T.F.). Le
succès de Luxembourg était supérieur
auprès des foules à ceux que peuvent
connaître aujourd'hui les "Loft Story",
"Nice People" et autres "Reality
Show".
La foule se justifiait donc. Bientôt,
je proposai à la jeune fille esseulée
de tenter sa chance à Télé-Luxembourg.
Elle en rêvait. Ce qui fut fait mais là,
je me heurtais à un écueil. Marylène
avait la voix blanche qu'amplifiait le micro. Elle
s'en rendait compte et se désespérait.
Un seul remède : poser sa voix. Nous nous
miment au travail. En trois mois d'exercice, elle
avait réussi et passait aisément à
l'antenne.Oui, mais voilà : les syndicats, des postulantes
jalouses réclamaient un concours. Il fallait
s'y résoudre. Marylène, d'apprentie-vedette
redevenait une simple candidate. Je lui proposai
de reprendre le travail, de soigner l'articulation,
d'être elle même en s'essayant à
l'interprétation. Les fables de La Fontaine
nous aidèrent beaucoup. De tenter enfin l'interview
après avoir lu la presse quotidienne. Marylène
suivit toutes ces directives avec une application
opiniâtre. Et naturellement, elle fut élue
haut-la-main. Toute l'équipe était
heureuse car déjà elle l'avait conquise.
Son
succès grandissait avec les années.
Je ne lui reprochais qu'un détail : les énormes
pendentifs qu'elle accrochait à ses oreilles
et qui gâchaient la pureté du visage.
Elle les enlevait pour les remettre, mon dos tourné.
Son succès s'affirmait. Je voulus la parfaire
davantage.
Depuis vingt ans, j'assurais dans les grandes villes
d'Europe les commentaires du Grand Prix Eurovision
de la chanson. J'estimais que le moment était
venu de passer le flambeau. Je choisis Marylène.
Le concours avait
lieu à Dublin. La préparation : répétitions,
entretiens avec les concurrents et particulièrement
du nôtre, Jean-Claude Pascal dont j'essayais de favoriser
le retour, occupaient toutes nos journées. Six au total.
Il y avait bien sûr des réceptions, des cocktails,
des visites de la ville. Marylène les fuyait.
Pendant
tout le séjour, elle demeura dans sa chambre pour étudier
sa documentation, pour trouver des détails sur les
interprètes, situer leurs parcours, indiquer le style
des musiques et des paroles de plus des vingt chansons en
lice.
On faisait le point sur son travail aux repas. Elle
progressait, elle peaufinait en ne cachant pas un trac compréhensible.
Et le soir venu arriva. Placés entre Léon Zitrone
et Paule Herman de la R.T.B., dominant la salle du théâtre
archi-comble avec au centre le plateau, je situai d'abord
l'évènement et annonçai Marylène.
Elle était pâle sous son maquillage mais ses
premières paroles, sûres et enjouées à
la fois marquèrent sa détermination. Elle ne
fit que s'affirmer au cours de la soirée. Marylène
savait tout, elle disait tout de chaque chanteur et de tous
les groupes. Elle était simple, directe et gaie à
la fois. Bref sa passion et sa jeunesse éclataient.
C'était gagné. J'étais ému et
fier à la fois. Je garde de cette soirée un
souvenir précieux et pour tous les postulants aux métiers
du spectacle, une leçon : A
la base de toute carrière artistique, il faut certes
savoir ce que l'on veut, provoquer la chance, travailler sans
relâche et sans cesse travailler, avoir le respect du
public et posséder et pratiquer cette vertu oubliée en ces temps matérialistes
et égoïstes : la gentillesse. Marylène
avait tout cela. C'est pourquoi son vaste public lui témoignait
et lui témoigne toujours plus que de l'admiration : de
l'affection.